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08 mars 2009

Walras : l’un des grands fondateurs de la pensée néoclassique


Comprendre la crise actuelle nous oblige à revenir sur la pensée de quelques grands économistes. Après avoir présenté la biographie de Keynes, voici celle d’un autre grand nom de l’économie : Léon Walras. Leurs analyses, leurs développements, leurs théories sont radicalement opposées, mais pour permettre un débat équilibré dans les semaines à venir, nous devons présenter les approches de tous les courants. Walras est indiscutablement l’un des pionniers de la théorie néoclassique. Keynes ne l’a pas épargné. Malheureusement Walras n’aura pas eu le loisir de débattre avec lui …

Léon Walras (1834-1910)

Biographie (source : Alternatives Economiques - Pratique n°21 - Novembre 2005)
Fils de l’économiste Auguste Walras, Léon Walras est connu comme le principal fondateur de l’approche économique néoclassique. En fait, il a été aussi critique vis-à-vis du libéralisme orthodoxe des économistes français que du socialisme de Marx et de Proudhon. Mais il existe un autre Walras, aux idées socialistes.
Très impliqué dans le mouvement coopératif à partir de 1860, il est invité en 1870 par le gouvernement suisse à enseigner à l’Académie de Lausanne, ville où il peut se consacrer à ses écrits théoriques. Il y rencontre Enrico Barone et Vilfredo Pareto.

Sa pensée
Son ambition était de montrer que l’économie pouvait être une science « pure », c’est-à-dire susceptible d’analyse indépendante des préférences idéologiques de l’analyste. C’est la raison pour laquelle Walras a choisi d’exprimer cette analyse en termes mathématiques (algébriques en fait), tout comme s’il s’était agi d’analyser un problème de physique ou de logique formelle. Il met en scène un ensemble d’individus tantôt producteurs, tantôt utilisateurs ou consommateurs d’un ensemble de biens et de services. Il montre, par un système d’équations, qu’il existe un système unique de prix pour lequel chacune des offres et des demandes qui résultent des comportements des producteurs et des consommateurs est équilibrée : l’équilibre général sur l’ensemble des marchés est donc atteint lorsque ce système de prix est en œuvre.
Mais la démonstration de l’existence d’un équilibre général, pour peu qu’on laisse les prix fluctuer librement, dépendait d’une hypothèse cruciale : tant que les prix d’équilibre ne sont pas trouvés (prix pour lequel offre et demande coïncident), aucun échange ne doit avoir lieu. Ce qui impose, ont fait remarquer les critiques de Walras, un système entièrement centralisé, avec un « commissaire-priseur » bloquant toutes les transactions tant que le marché n’est pas parvenu au prix d’équilibre pour chaque bien ou service. Hypothèse non seulement irréaliste, mais gênante, puisqu’elle aboutissait à suggérer que l’équilibre général pouvait être organisé par un planificateur aussi bien que par un marché. Toutefois, en montrant la possibilité d’un équilibre général issu du fonctionnement de marchés parfaits et dont les prix reflètent l’utilité marginale des acteurs, Walras a jeté les bases de l’analyse orthodoxe… alors même qu’il se réclamait du socialisme.

Ses écrits
Œuvres diverses, éd. Economica, 2000.
Les œuvres économiques complètes d’Auguste (le père) et de Léon Walras sont en cours de publication aux éditions Economica (les volumes V à XIII consacrés à Léon sont tous publiés). Les Eléments d’économie politique pure constituent le tome VIII, les Etudes d’économie sociale pure le tome IX et les Etudes d’économie politique appliquée le tome X.
« De la propriété intellectuelle » (1859), Journal des économistes.
L’économie politique et la justice (1860), éd. Economica, 2001.
« Théorie de la propriété » (1896), Revue socialiste.
« Le problème fiscal » (1896), Revue socialiste.
« Théorie du libre-échange » (1897), Revue d’économie politique.
« Théorie du crédit » (1898), Revue d’économie politique.

Pour aller plus loin
La société n’est pas un pique-nique, Léon Walras et l’économie sociale, Pierre Dockès, éd. Economica, 1996.
« Le socialisme singulier de Léon Walras », Alternatives Economiques n° 193, juin 2001.
« Léon Walras, fondateur de l’économie néoclassique », Alternatives Economiques n° 213, avril 2003.

18 février 2009

Keynes est plus que jamais d'actualité !

A l’heure où nous essayons tous de comprendre la crise économique qui nous frappe, il est bon de nous replonger dans l’œuvre de quelques grands noms de la pensée économique. Dans la série de textes que nous allons proposer dans les semaines à venir, nous aurons l’occasion de revenir sur le travail de Keynes qui a marqué son temps et proposé un modèle qui loin d’être périmé s’avère en réalité tout à fait d’actualité.
Nous verrons pourquoi …
John Maynard Keynes (1883-1946)
Biographie (source : Alternatives Économiques - Pratique n°21 - Novembre 2005)John Maynard Keynes, qui a révolutionné l’économie, au point que ses différents courants se définissent aujourd’hui par rapport à sa pensée, est un pur produit de Cambridge. Il a fréquenté l’élite intellectuelle de cette ville universitaire dès son plus jeune âge. Passionné par la politique, il a pris position sur les dossiers chauds de son temps, notamment en tant que journaliste, mais aussi en tant qu’acteur de la vie économique et politique. Il quitte momentanément l’enseignement à Cambridge pour travailler au Trésor britannique qu’il représente à la conférence de la Paix à Versailles. Formellement opposé aux réparations de guerre que le traité de 1919 impose aux Allemands, il les dénonce dans son pamphlet Les conséquences économiques de la paix (1919). Il démissionne alors du Trésor britannique et revient à Cambridge.
C’est dans le contexte de la crise économique des années 30 qu’il rédige son œuvre fondamentale : La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936). Mais c’est pendant la guerre, sous le gouvernement de Winston Churchill, que Keynes atteint le sommet de son influence. Ainsi, en 1944, à la conférence de Bretton Woods qui crée le Fonds monétaire international (FMI), il est l’un des principaux architectes du système monétaire international de l’après-guerre.

Sa penséeS’il fallait résumer la pensée de celui qui a le plus marqué la réflexion économique du XXe siècle, ce pourrait être : « Oui, le marché engendre du chômage involontaire. » Dans son grand oeuvre – La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie –, Keynes avance deux types d’explication possibles pour rendre compte de cette tendance du capitalisme à fonctionner en deçà de ses potentialités :
– une explication radicale, fondée sur l’incertitude du futur, qui pousse les hommes d’affaires à faire montre de prudence et, du coup, à investir moins qu’ils ne le devraient ;
– une explication plus traditionnelle, fondée sur le fait que toute insuffisance initiale de la demande tend à engendrer un cercle vicieux : moins de demande, donc moins de débouchés, donc moins de production, donc moins de salaires, donc moins de demande…
Alors que la deuxième analyse débouche sur une politique économique visant à regonfler la demande défaillante, la première passe par des institutions et des règles capables de réduire l’incertitude de l’avenir. Ces deux lectures de Keynes débouchent donc sur deux rôles assez différents de l’Etat : c’est toute l’ambiguïté d’un personnage brillant, capable de suivre plusieurs idées à la fois sans jamais trancher entre elles. Et c’est ce qui en fait aussi la richesse.

Ses écritsLes conséquences économiques de la guerre (1919), éd. Gallimard, 2002, dans un volume qui contient aussi Les conséquences politiques de la paix de J. Bainville.
La fin du laissez-faire (1926), Agone éditeur, 1999.
Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), éd. Payot, 1990.
Essais sur la monnaie et l’économie (articles – dont « La fin du laissez-faire » – rédigés entre 1923 et 1931), éd. Payot, 1972.
La pauvreté dans l’abondance (articles – dont « La fin du laissez-faire » – rédigés entre 1924 et 1938), éd. Gallimard, 2002.
Comment payer la guerre (1940), éd. L’Harmattan, 1997.

Pour aller plus loin
« Deux Keynes pour le prix d’une théorie », Alternatives Économiques n° 173, mars 2000.
« Keynes, un social libéral avant l’heure », Alternatives Économiques n° 202, avril 2002.
« John Maynard Keynes ou l’économie au service du politique et du social », Alternatives Économiques n° 220, décembre 2003.
Pour une bibliographie complète, voir le site du Center for Economic Policy Analysis (CEPA)