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06 septembre 2015

Un monde sous perfusion



Brutalement la Chine nous inquiète. On se demande si la décélération de sa croissance pourrait se propager au reste du monde. C’est plus cela qui nous perturbe que son état réel. Les difficultés des chinois ne sont pas fondamentalement le souci occidental, mais qu’elles puissent plonger le monde dans une récession durable est plus perturbant. Un peu comme le printemps arabe dont beaucoup avaient seulement retenu la possibilité d’une contamination à d’autres zones au lieu d’y voir simplement un formidable élan humain, une envie de liberté et de rénovation. On s’interrogeait alors sur la Russie et sur d’autres nations où l’humeur citoyenne faisait des siennes. Les marchés n’aiment pas les révolutions. Surtout lorsqu’elles se multiplient et se développent.

Quand l’argent vient se mêler aux débats d’idées, rien n’est plus vraiment objectif.

La Chine inquiète donc. D’un certain point de vue, cela peut se comprendre puisque l’on tablait sur des taux de croissance de 8%. Certains espéraient les deux chiffres. Et puis là, soudainement, nous n’aurions plus que 7%, 5%, voire moins. Enfin … façon de dire car dans le monde actuel, dépasser les 3% c’est être un quasi extra-terrestre.

Mais les marchés n’aiment pas non plus les mauvaises surprises. Ils n’aiment pas être pris de court, lorsqu’ils ne maitrisent plus les événements. Pourtant, cet ajustement chinois était largement prévisible. Pour une fois, il avait été prévu par de nombreux économistes, de toutes tendances politiques du reste. La Chine s’étant engagée dans une vaste transition économique, pour miser davantage sur la demande domestique et moins sur les exportations, il était évident que cela ne se ferait pas aussi facilement. Les ajustements en économie créent des secousses, c’est inévitable. La Chine n’y est pas parvenue à ce jour, c’est une évidence, la dévaluation de sa monnaie apparaissant d’une certaine façon comme une bouée de sauvetage pour relancer les exportations et ne pas exposer (de trop) le citoyen chinois.

Mais la Chine reste un marché gigantesque, dont le potentiel est loin d’avoir été exploité. Le pays est en pleine mutation. Une mutation technologique, économique, sociale et humaine. Une transformation sans précédent.

Les héros sont fatigués …

Un peu oui, car depuis des années, nous vivons dans un climat incertain, où rien ne semble plus figé. En fait, rien ne l’est. Selon l’expression de Maurice Levy, le PDG de Publicis, formule devenue célèbre à présent, toutes les industries, toutes les économies sont potentiellement confrontées à un risque d’« ubérisation » ! Il y a eu l’écroulement de la nouvelle économie aux débuts des années 2000, les attentats du 11 Septembre, la paralysie qui s’en est suivie, puis la reconstruction incertaine, avant que l’on ne sombre de nouveau dans une crise d’une ampleur sans précédent. En 2008, c’est l’effondrement. Subprimes, faillite de Lehman Brothers, économies mondiales et européennes en difficulté. L’Irlande, l’Espagne, le Portugal plongent. La Grèce aujourd’hui.

Ah oui la Grèce ! A l’inverse de beaucoup, je me garderais de donner une position définitive sur la situation grecque. Il y a entre moi et la Grèce plus qu’une analyse économique et financière d’un pays … il y a ma jeunesse, mes lectures, les héros mythologiques, Aristote, Socrate, Platon et puis … Alexandre le Grand. J’ai du mal à être objectif avec la Grèce. N’ont-ils pas inventé la démocratie ? N’ont-ils pas structuré nos pensées et finalement nos valeurs ? Ce que nous sommes finalement, du moins en grande partie.
Mais en prenant du recul, je me demande si la solution choisie, rester dans la zone euro et accepter un nouveau plan d’austérité, était la meilleure solution. Cette nouvelle cure ne va-t-elle pas faire plonger le pays un peu plus ? N’aurait-il pas été préférable d’opter pour le Grexit ? L’exemple de l’Argentine est riche d’enseignements à cet égard.

La Chine et la Grèce sont au final certainement sources d’inquiétudes. Mais les zones de turbulences ne sont pas uniquement là. Il y a les ex-BRICs, appelés il y a peu à des croissances à deux chiffres dont le premier n’était pas le 1, et qui souffrent aujourd’hui. Ainsi, la Russie ou le Brésil ne sont pas au mieux économiquement. Ils sont à la peine.



Les Etats-Unis eux-mêmes, première puissance mondiale, pourraient tôt ou tard entrer en récession, comme le Canada aujourd’hui.

Mais au final, la principale source d’inquiétude reste l’Europe. Croissance molle, chômage galopant, climat morose, rien n’est simple. A cela s’ajoute la dette des Etats.

Il y a bien sûr urgence. Il faut des actions fortes et efficaces, d’autant plus que le chômage frappe en grande partie les jeunes. Il faut harmoniser nos politiques fiscales, développer une véritable solidarité entre pays, sinon il n’y a pas d’Europe. Il faut poursuivre les efforts de rigueur, mais aussi et surtout construire un véritable plan de relance européen. Une approche keynésienne pour soutenir la consommation et l’investissement. Les grandes nations, dont la France, l’Allemagne et l’Angleterre, pour n’en prendre que trois, peuvent emprunter à des taux très bas et soutenir les axes clés de l’économie … sur le long terme, ce qui est plus cohérent.

L’histoire est riche d’enseignements. Le monde a toujours basculé du mauvais côté lorsque le peuple s’est vu privé de liberté, lorsqu’il avait faim … ou les deux !

En France, la liberté ne prête pas à discussion, mais un chômage fort, croissant, durable, touchant les jeunes en priorité, peut déboucher sur le pire.

C’est là qu’il va agir. Et même si de façon évidente, nos politiques le savent et sont déterminés en paroles, il faut qu’ils le soient à présent dans les actes et bien entendu qu’ils obtiennent vite des résultats tangibles.Certes, notre président s’est engagé à redresser la courbe de l’emploi. Il s’est engagé à ne pas se présenter en 2017 s’il venait à échouer. Mais cette conséquence ne pourrait en rien nous satisfaire, être une consolation.

Nous n’avons pas ou plus le choix, nous devons réussir sur le terrain de l’emploi. Pour nous sortir des ces multiples perfusions, des organismes internationaux, BCE, Fed et FMI en tête. 

Et pas dans trois ans,  aujourd’hui !  

04 février 2014

L'attractivité de la France au coeur des débats - Les Echos du 04 Février 2014


Le chef de l'Etat reçoit aujourd'hui une délégation de patrons d'entreprises étrangères installées en France.
 Il présidera le Conseil de l'attractivité le 17 février.
Investissements : François Hollande au chevet du « site France »
Par Pierre-Alain Furbury et Frédéric Schaeffer (Les Echos - 4 Février 2013)



François Hollande s'était rendu en mai 2013 dans l'entreprise Bosch de Rodez, saluant la première entreprise de l'Aveyron et « l'employeur allemand le plus important de France ». - Photo Eric Cabanis/AFP
 
Sa seule prise de parole sera pour présenter, à Paris, le plan Cancer 2014-2019. Mais François Hollande a aujourd'hui un autre rendez-vous important, qu'il a d'ailleurs pris soin d'inscrire à son agenda officiel, pour montrer à la fois qu'il est à la manoeuvre et prend cette affaire très au sérieux. Le président reçoit en milieu d'après-midi, à l'Elysée, une délégation du « Manifeste des entreprises étrangères installées en France ». Une réunion de préparation avant la tenue, le 17 février, du premier Conseil de l'attractivité depuis le début du quinquennat.
Ce Manifeste des entreprises étrangères avait pris la forme d'une tribune publiée le 19 décembre dans « Les Echos ». Cinquante patrons de filiales de grands groupes internationaux y tiraient la sonnette d'alarme, expliquant : « Depuis quelques années, nous avons de plus en plus de mal à convaincre nos maisons mères d'investir et de créer des emplois en France […] Il ne saurait y avoir de rebond sans confiance. » Le texte a fait grand bruit et a participé à la prise de conscience par François Hollande de la nécessité d'intensifier sa main tendue aux patrons en ce début d'année. C'est le 14 janvier, lors de sa conférence de presse, que le chef de l'Etat a reparlé du Conseil de l'attractivité. Cette instance, créée par Jean-Pierre Raffarin en 2003, devait initialement se réunir à la fin du premier semestre 2013, mais la date avait été repoussée à plusieurs reprises, la réflexion n'étant pas assez avancée. « Cela permet aujourd'hui d'intervenir sur la base de premiers résultats », plaide un proche du président. « Nous n'avons ni perdu de temps ni oublié le sujet. Le Cice, la simplification, c'est de l'attractivité », insiste un ministre important.
L'objectif affiché est très ambitieux. « Rendre la France plus désirable », résume-t-on à l'Elysée. L'exécutif promet des mesures pour faciliter l'accueil des investisseurs étrangers (avec un parcours administratif simplifié pour les cadres étrangers et leur famille), renforcer l'attractivité des universités, simplifier les procédures douanières (notamment portuaires) ou encore réorganiser les différents dispositifs de soutien public pour promouvoir la France et ses entreprises à l'étranger.

Implantations en recul

Le gouvernement, qui mise aussi sur son pacte de responsabilité et les Assises de la fiscalité des entreprises, s'est fixé pour objectif d'accroître de 40 % le nombre d'investissements étrangers d'ici à 2017, avec un millier de décisions ciblant annuellement la France. Et d'accueillir chaque année 300 entreprises non encore implantées sur le territoire. « La France a tous les atouts pour réussir, martèle François Hollande. Si vous connaissez des entreprises qui hésitent entre plusieurs pays, dites-leur que c'est en France qu'il faut venir », a-t-il lancé lors de ses voeux aux ambassadeurs étrangers.
Car si le « site France » attire toujours (20.000 sociétés sous contrôle étranger y opèrent), il est en perte de vitesse (lire ci-contre). Après avoir cédé son rang de deuxième terre d'accueil des investissements étrangers en Europe en 2011, la France a décroché des leaders britannique et allemand en 2012, selon le dernier baromètre du cabinet Ernst & Young. Le nombre de projets d'implantations internationales a chuté de 13 % dans l'Hexagone alors qu'il continue de progresser outre-Manche et, surtout, outre-Rhin. Quelque 10.500 créations d'emplois sont associées à ces projets. Un nombre en baisse, cette fois, de 20 %.

17 septembre 2013

Conférence débat à l'Université d'été 2013 du MEDEF sur le thème "tout est possible !" (campus HEC Paris)

Université d'été du MEDEF
Le 29 Août 2013
Table ronde "TOUT EST POSSIBLE !"
Le 29 Août dernier, je participais à une conférence-débat sur le thème "Tout est possible!". Une table ronde équilibrée, avec des personnalités très intéressantes : 
  • Luc Chatel, ancien ministre de l'éducation nationale, député;
  • Philippe Lemoine, président de Laser
  • Nelly Rodi, PDG de l'Agence de style Nelly Rodi SAS
  • Erik Orsenna, écrivain et Académicien; 
  • Jean-Loup Salzmann, président de l'Université Paris 13
  • Jean-Paul Delevoye, Président du Conseil Economique, Social et Environnemental;
  • Emmanuelle Duez, cofondatrice de "The Boson project" et de Women's up
  • Alexandre Malsch, DG Melty Network

Ont été abordés divers sujets d'actualité. Des questions de fond ont été soulevées sur la France et son potentiel à aider de jeunes entrepreneurs à émerger, puis à réussir. Nous avions deux exemples intéressants de jeunes créateurs. 

Alexandre par exemple a créé à 27 ans son entreprise qui compte aujourd'hui 60 salariés en sortant tout juste de l'Epita, l'école d'ingénieurs en informatique. C'est très enthousiasmant de voir ce potentiel jaillir sans complexe et ... déjà afficher les signes de la réussite. 

Les questions ont fusé ... un monde extraordinaire s'ouvre-t-il à nous ? La crise, est-ce une opportunité ou une chance ? Peut-on espérer ? 

Ma nature est de croire que demain sera meilleur qu'aujourd'hui et que le potentiel qui est devant nous, si nous parvenons à maîtriser les possibles débordements liés à l'évolution technologique, est fabuleux, tant dans les secteurs de la biotechnologie, du médical, des télécommunications ou de l'éducation. 

Où sont les anticonformismes fondateurs ? Ils sont nombreux. Il faut les contourner. Ils ne sont pas tous néfastes, mais nous n'aimons pas le changement. Et parfois, les conformismes sont de terribles freins qui nous empêchent d'avancer. Il faut mener de nombreuses réformes et faire en sorte que chacun puisse avoir une chance équitable de réussir. 

  • revoir l'aide et l'assistance que l'on apporte aux créateurs d'entreprises. Pas seulement sur un plan financier, mais un accompagnement de fond pour les aider à passer toutes les étapes. HP a développé un programme en ce sens d'accompagnement des jeunes pousses technologiques ...
  • revoir notre système éducatif qui est fantastique pour former une élite mais qui laisse sur la touche trop de jeunes. Or, le talent est partout, pas seulement dans les écoles de type A. Les autres, moins cotées, ou les universités, font également surgir des talents. A nous de les exploiter et de les encourager. Certains ne se révèlent pas très à l'aise avec les espaces vectoriels mais excellents dans l'engagement et la créativité ... qu'à cela ne tienne, il faut les encourager et les aider. 

Ce sont là deux exemples. Il y en a d'autres. Il faut en fait changer les mentalités. Bonne nouvelle, les frontières commencent à bouger. Les comités exécutifs de certaines grandes entreprises françaises, issus autrefois des mêmes écoles, sont aujourd'hui diversifiés et plus internationaux. C'est un exemple réussi d'évolution de notre façon de voir ... 

Les modèles d'entreprises évoluent vite. Ils suivent en cela les transformations qui se déroulent sous nos yeux dans la société. Il ne faut pas hésiter à aller vers la "destruction créatrice", repenser nos modèles, "break it to build it". 

Dans les changements observés, nous constatons que les médias, les réseaux sociaux, le numérique, ont pris un poids considérable. On a plus vite accès à l'information. Cela rend l'exercice de création de valeur plus complexe, les clients étant plus compétents que jamais. Les nouvelles générations sont à l'affût de ces évolutions et savent capter les opportunités naissantes. Ils créent de nouveaux espaces de croissance à la vitesse de la lumière. C'est impressionnant.  

Dans le "tout est possible", bonne nouvelle les jeunes n'ont pas ou plus peur de l'international. Ils ont été formés ainsi. Ils pensent et agissent "global" ! 

Il faut encourager, au-delà de la créativité, la prise de risque. Accepter le droit à l'erreur. Le possibilité d'une seconde, voire d'une troisième chance. Rappelons-nous que la plupart des grands créateurs d'entreprises s'y sont repris souvent à plusieurs fois avant de réussir. 

Enfin, il ne faut pas oublier les plus anciens. Les jeunes ne sont pas les seuls à vouloir créer. Des anciens, expérimentés, talentueux, mais chargés de famille n'osent pas se lancer. Les risques sont plus importants pour eux. Il faut prendre en compte cela, les accompagner, car certains ont le potentiel de créer de belles entreprises, de générer de la croissance et de l'emploi. 

Au final, une table ronde diversifiée et animée par un journaliste et consultant de qualité, Nicolas Rossignol, dans le cadre d'une université MEDEF 2013 réussie. 

12 janvier 2013

Le succès d'une entreprise ou d'un état : équation ou alchimie ?

Pour redresser une économie, les mêmes règles prévalent que pour une entreprise. Faut-il encore définir une stratégie financière ? Cette dernière doit être mise en oeuvre, à priori, pour mettre en place la stratégie générale de l'entreprise et son plan opérationnel (capacité à faire arriver les choses ou d'exécution comme disent nos amis anglo-saxons). 

Les leviers sur lesquels il est dès lors possible de s'appuyer sont nombreux : 
  • on peut décider de privilégier la croissance du chiffre d'affaires avec l'idée de prendre des parts de marché. C'est un objectif compréhensible mais il faut s'attendre qu'il pèse sur la marge et donc sur le profit opérationnel, sauf à aligner les coûts (OPEX) de façon proportionnelle. 
  • On peut décider de mettre l'accent sur la marge. On pourra le faire par un changement du mix- produits, en faveur des produits et/ou services à forte valeur ajoutée, comme certaines activités de services ou des produits présentant un avantage compétitif déterminant (donc plus chers, mieux positionnés). 
  • On peut décider d'abandonner certaines activités qui ne sont pas en ligne avec les objectifs de marge et de profit du groupe, avec l'inconvénient de voir son chiffre d'affaires se tasser. 
  • On peut décider au contraire d'étendre son champs, en ayant le maximum de produits et/ou services, sous condition qu'il y ait une cohérence dans les choix opérés. On réalise une sorte de "one-stop shopping". 
  • On peut décider de gagner des parts de marché au détriment de la marge, mais alors de réduire les dépenses de façon drastique pour maintenir un profit élevé, propre à satisfaire les marchés. 
Un gouvernement aujourd'hui se retrouve face aux mêmes problématiques. 

Relancer l'économie en période de crise est toujours possible, nous en avons déjà parlé, mais obtenir une dynamique à plus de 2 ou 3% est actuellement illusoire, surtout en Europe. 

L'Europe présente de nombreux atouts. Sa taille, sa diversité, son leadership dans de nombreux secteurs, son histoire qui lui donne un certain recul. 

Elle affiche également de gros déficits. Du reste le mot est bien choisi ! Un déficit creusé par les dépenses publiques, une balance commerciale versus d'autres zones qui n'est pas au mieux, un chômage qui monte, des dettes rampantes dont on ne voit pas les racines. 

La France n'échappe pas aux difficultés. Mes propos n'ont rien de politique. La situation n'est bien sûr pas le fait du gouvernement actuel. Il récupère même une situation très difficile. Les gouvernements qui se sont succédés depuis 30 ans ont tous enfoncé la nation. Inconsciemment peut-être. Par incompétence, facilité ou ... par manque de courage ... difficile à dire. Mais tous, de droite ou de gauche, ont participé à cette situation. Il faut en sortir. 

Or, le chômage est en phase ascendante. Les dépenses publiques en proportion du PIB n'ont jamais été aussi fortes. Le coût du travail prohibitif. La législation complexe et manquant totalement de flexibilité. A force de vouloir défendre le salarié, ce qui est tout à fait respectable, j'en suis un aussi, nous avons oublié que ce sont bien les actionnaires qui créent ou pas de l'emploi en France. Si notre environnement les inquiète, leur fait peur, ils vont se déplacer ailleurs

Et aujourd'hui, nous ne faisons pas peur, c'est peut-être encore excessif, mais nous posons question. Et encore que je n'en suis plus très sûr. Lorsque je discute avec mes amis internationaux, leurs commentaires m'inquiètent parfois. Cela commence sur le ton de la plaisanterie, on aime bien charrier les français, mais cela se termine toujours par des opinions tranchés, rarement en notre faveur. "Investir en France cela coûte cher"; "Si on embauche chez vous, on sera coincé car nous tomberons sous les fourches caudines de vos plans sociaux extrêmement chers"; "Il fait bon vivre en France mais pour combien de temps ?". 

Ces questions (ou constats) peuvent déranger, je ne peux qu'être d'accord, mais elles sont une réalité. Notre réalité. Nous assistons, au-délà des départs de français aisés à l'étranger, à des ruptures organisationnelles des entreprises mondiales qui sont inquiétantes :
  • Proliférations de centres de services partagés : on regroupe le service commun à plusieurs pays en un seul lieu, un pays où le coût du travail est très bas ... pas la France. Cela pourra être la logistique, les achats, l'informatique, la gestion de la trésorerie, etc. 
  • Développement de "l'offshoring" : on signe un contrat de services en France mais on l'opère là où le coût du travail est très bas, en Inde, au Vietnam, en Roumanie, etc. 
  • Regroupement des sièges sociaux, là où la fiscalité est plus attractive: Londres, Genève ou Zurich.
Que faire alors ? 
  • Couper les coûts ou les dépenses publiques peut fonctionner à court terme mais bien entendu la limite ne tarde pas à venir. L'exercice comporte de nombreux risques, au-delà du manque singulier de vision, de mettre l'entreprise en difficulté sur le moyen/long terme. 
  • Augmenter les prélèvements, les impôts et taxes en particulier, est une solution facile, solution à laquelle il faut avoir recours, mais pas au-delà de certaines limites. Quand la fiscalité devient confiscatoire ou dissuasive, elle a l'effet inverse à celui recherché initialement. Les entreprises ne s'installent plus chez vous, voire fuient, les individus font de même, et au final c'est moins de recettes fiscales. Le gouvernement Fillon avait voter 30 milliards de ponctions supplémentaires. Le gouvernement actuel a fait de même. C'est 60 milliards de plus ! Il fallait sans doute le faire. Mais nous sommes à la limite de l'exercice, surtout si l'on ajoute que ceux qui créent la richesse ont en perspective la taxe à 75% au-delà du million d'euros. 
  • Relancer l'économie, facile à dire me direz-vous, reste la seule solution saine et viable sur le moyen terme. Il faut améliorer notre compétitivité par les coûts, favoriser l'innovation et la création de nouvelles entreprises, accompagner les talents (plutôt que de les laisser partir), multiplier les pôles d'attraction autour de nouvelles technologies et de savoir-faire spécifiques. 
Pour qu'une politique fonctionne, c'est un peu comme une salade, pour qu'elle soit bonne (effective), il faut un bon assaisonnement ! 

Les entreprises au fond doivent en premier lieu dégager du cash-flow et même du "free cash-flow". Au fait, un rappel sur cette dernière notion. Ce ratio mesure la performance financière d’une entreprise. Il représente la capacité d'une entreprise à générer du cash mais après avoir investi dans le maintien ou la croissance de ses actifs (équipement, bâtiment, etc.). 

C'est donc au fond ce qui est "libre" une fois l'essentiel assumé ! Ce "cash-flow libre" peut alors être utilisé pour se développer ou pour distribuer des dividendes, etc. Pour le calculer, il convient d'ajouter les amortissements au bénéfice avant impôts et intérêts et de déduire ensuite la variation du fonds de roulement et les investissements en capital. Il est important parce qu'il est le signe annonciateur de bonne santé. Sans ce "cash-flow libre", l'entreprise ne peut pas réaliser de nouvelles acquisitions, investir en recherche et développement, rembourser sa dette. Sans ce "cash-flow libre" l'entreprise n'a pas de flexibilité. Elle est étranglée et sa survie est compromise. 

Tout gouvernement est dans la même situation. Il doit rembourser sa dette, investir (pour rénover l'école et les universités par exemple ou moderniser son armée), attirer les investissements étrangers, etc. Pour cela, il lui faut une capacité de fonds disponible une fois les dépenses publiques payées, les intérêts d'emprunts assumés et idem pour tous les autres remboursements obligatoires. Et c'est là que l'histoire se complique. 

Nous avons intérêt à parier sur le succès des actions en cours. L'accord obtenu entre les syndicaux et le patronat ces jours-çi est plutôt une bonne chose, surtout pour la flexibilité du travail, les ajustements fiscaux opérés par le gouvernement précédent et l'actuel étaient nécessaires. Il faut maintenant aller plus loin et donner un élan à notre économie, qui seul pourra donner l'envie (voir mon avant-dernier post).

Alors au final, "Le succès d'une entreprise ou d'un état : équation ou alchimie ?"



On pourrait être tenté de répondre "équation", car tout semble rationnel et être le fruit de savants mélanges économiques et financiers, où le hasard n'a guère de place. Mais reste que les femmes et les hommes qui conduisent les changements font toute la différence. Et c'est pourquoi, il faut une juste compréhension de ce qu'il convient de faire, la volonté de le faire mais surtout celles et ceux qui vont faire d'un plan une réalité. 


Alors alchimie sans hésitation !



29 mai 2010

Point de vue d'un prix Nobel d'Economie


 
 
According to Joseph Stiglitz: "Austerity leads to a potential desaster" - Le monde, May 24 - 2010. (french version follows ...)
Who is Joseph Stiglitz ? 
- Nobel price in 2001
- Economic advisor for Bill Clinton from 1995 to 1997
- Chief-economist at the world bank (1997-2000)
His thoughts ? 
- by adopting the euro, the euro zone members did give up two strong instrumental levers to regulate the economy if it becomes necessary: the change rate and interest rates.
- a plan based on restriction may lead the euro zone in a profound crisis, with the unemployment rate picking-up. On the opposite, there is a real need for growth and business development.
His solutions ?
- create a solidarity fund to ensure a kind of stability by helping countries in a problem when necessary.
Risks ?
- countries like Greece or Spain, with unemployment fort the young generation rising to 30% and 44%, could think about leaving the euro zone and take back the control of their monetary politic.
- taking the example of Argentina: the peso was linked to the US $ through a fixed exchange rate. Even if they surprised everybody, they decided to move away from the US$, resulting in a significant chaos. But today with an annual 8% growth rate, a lot of people consider Argentina took the right decision.


Selon Joseph Stiglitz: "L'austérité mène au désastre", entretien accordé au Monde, le 24 Mai 2010.
Qui est Joseph Stiglitz ? 
- Prix Nobel d'économie en 2001.
- ex-conseiller de Bill Clinton de 1995 à 1997
- ex-chef économiste à la banque mondiale de 1997 à 2000
Ses positions ?
- en adoptant la monnaie unique, les pays membres de la zone euro ont renoncé, sans le savoir toujours, à deux instruments de régulation relativement important: le taux de change, les taux d'intérêt.
- un plan d'austérité risque de la plonger dans une véritable crise, en faisant bondir le chômage. Il faut au contraire générer une croissance soutenue.
Ses solutions ? 
- création d'un fonds de solidarité pour la stabilité européenne. Aux Etats-Unis, l'Etat fédéral crée une forme de solidarité
- Des pays comme la Grèce ou l'Espagne, forts d'un chômage des jeunes naviguant entre 30 et 44%, peuvent estimer qu'il est temps de reprendre le contrôle de la politique monétaire et donc de leur destinée. 
- Reprenons l'exemple de l'Argentine: le peso était attaché au $ US par un taux de change fixe. Contre toute attente, les Argentins ont dévalué, générant le chaos, mais à présent qu'il connaissent une croissance plus soutenue (plus de 8% par an), beaucoup pensent qu'ils ont bien fait de prendre leur indépendance. 
Pour communiquer avec moi: geraldkarsenti@live.fr

14 septembre 2009

Le capital humain

Nous saluons une étude publiée par le BCG (Boston Consulting Group) en Mars 2009 sur l’importance du capital humain, l’un des facteurs clés des entreprises et au fond de tout système économique. Le BCG affirme que même en période de crise, il ne faut pas se laisser aller à des licenciements de masse et qu’il convient au contraire de poursuivre les recrutements. Si la logique financière de court terme impose bien (trop ?) souvent aux dirigeants la prudence lorsque les indicateurs virent au rouge, elle peut être un piège lorsque la reprise survient. Car le regain finit toujours par succéder à la récession et là, l’addition peut se révéler salée : tout d’abord, les salariés se souviennent toujours de l’attitude adoptée par l’employeur dans les moments difficiles. C’est un fait maintes fois démontré. Ils pardonnent rarement d’avoir été incompris dans les moments de tension. En d’autres termes, ils quitteront à la première embellie s’ils ont le sentiment d’avoir été maltraités; ensuite, lors d’une reprise, les profils de qualité sont généralement très courtisés et le risque de se retrouver avec des “seconds choix” augmente, quand ce n’est pas pire (pas de choix du tout !); enfin, tout allant très vite, il n’est pas impossible que les recrutements prennent un certain temps et que l’entreprise passe à côté de plusieurs trains, lui coûtant alors parts de marché et points de croissance. Aussi les dirigeants avisés auront à cœur de poursuivre les embauches (apprentis en particulier ou experts), à faire le dos rond et à atteindre des jours meilleurs, en se persuadant d’avoir fait les bons choix. Il n’est pas question pour autant de stopper les licenciements, mais nous pensons qu’ils doivent être fondés sur une évaluation de la performance individuelle (qui doit être permanente, connue de tous et appliquée de façon homogène dans toute l’entreprise, pour toutes les catégories de personnels). Le budget formation ne doit pas non plus être coupé. Au contraire, il faut profiter de ces périodes de trouble ou de moindre activité pour envoyer ses effectifs, particulièrement ceux qui ont un talent reconnu, se former et étoffer leurs compétences. Recrutement et formation sont deux lignes que l’on coupe habituellement à l’apparition des premières difficultés. Et bien apprenons à changer la donne, à voir plus loin, à prendre plus de risques … les profits n’en seront que plus forts.
« Creating people advantage in time of crisis », Boston Consulting Group – European Association for People Management, Mars 2009.

07 mai 2009

La théorie de l’avantage comparatif

Économie : une source d’inspiration
David Ricardo
Nous précisions dans un billet semaine passée que les théories du management prenaient leurs sources — du moins en partie — dans les concepts de la pensée économique, toutes tendances confondues. Nous abordons ci-après celui qui est au centre de la théorie traditionnelle du commerce international, à savoir l’avantage comparatif. C’est à l‘économiste David Ricardo (1) que nous devons les premiers développements significatifs sur cette notion au chapitre VII de l’ouvrage publié en 1817 “Principes de l’économie politique et de l’impôt”. Il démontre que tous les pays — même les moins performants — ont intérêt à se spécialiser dans la production où ils détiennent un avantage relatif le plus important (il développe en particulier l’exemple devenu célèbre de la production et des échanges de vins et de draps entre l’Angleterre et le Portugal). Il aboutit à la conclusion que la spécialisation fondée sur les avantages comparatifs des nations se traduit au final par une augmentation simultanée de la production de tous les biens. C’est du gagnant-gagnant pour tout le monde. En d’autres termes, par ce biais, la richesse des nations impliquées augmente. Cette théorie — vieille de deux siècles — est toujours valide. L’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) continue du reste d’en faire son crédo. Et c’est là que nous faisons notre premier parallèle avec les théories modernes du management. Lorsque Michael Porter (2) — et d’autres ensuite — développe la notion d’avantage compétitif (ou d’avantage concurrentiel), ne s’inspire-t-il pas du travail de Ricardo ? C’est très probable. En mettant en exergue un modèle permettant à une organisation donnée de surpasser la concurrence (les 5 forces de Porter par exemple), nous sommes indiscutablement sur des notions très voisines.

(1) David Ricardo est un économiste anglais né en 1772. IL devient l’un des membres les plus influents de l’école classique avec Adam Smith et Thomas Malthus. A sa mort en 1823, il laisse une œuvre considérable dont des traités sur la théorie de la valeur. Il s’oppose à toute forme de protectionnisme.
(2) Michael Porter, né en 1947, est professeur de stratégie d’entreprise à l’université de Harvard. Il a écrit de très nombreux ouvrages, devenus pour la plupart des références, comme l’avantage concurrentiel.